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  • Valls, l'apprenti-sorcier de la tentation nationale

    valls roms.jpgA entendre les uns et les autres, la société ne serait pas minée par l’incapacité à changer de logiciel de production et de partage des richesses, autrement dit par l’avènement d’un nouveau pacte social mais par une poignée de citoyens issus de l’Union Européenne. Les Roms ont remplacé les italiens et les polonais d’avant-hier, les africains et les asiatiques d’hier, les juifs des pires périodes de l’histoire, comme bouc émissaire, pour devenir dans la bouche d’un ministre de l’intérieur une catégorie de gens incapable de s’intégrer à part quelques personnes et qu’il n’y aurait de fait qu’une solution, le démantèlement des campements et les reconduites à la frontière, sous peine de mettre notre société en péril.

     Le « péril » auquel est confrontée la nation tient dans 17 000 personnes, résidant pour une majorité d’entre eux depuis plus de cinq ans en France. Dans les 394 bidonvilles répertoriés, un peu plus de 4000 enfants sont présents. Des baraques de fortune, sans eau courante, avec des conditions d’hygiène dégradée. Ce n’est pas le mode de vie rêvé, pas plus pour les 65 millions de résidents en France que pour les 17 000 personnes concernées, loin de l’invasion que semblent décrire les xénophobes de tous poils.

    Citoyens européens mais dont les droits d’accès au travail sont réduits en vertu des accords qui ont prévalu lors de l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union Européenne, la levée progressive de ces restrictions améliore d’ailleurs la situation sur le front de l’emploi comme le montre le rapport commandé par le gouvernement et sorti hier. Ce qui rappelle une évidence à Monsieur Valls qui voulait l’oublier : les Roms sont des personnes comme les autres, ils veulent bien travailler pourvu qu’on ne les empêche pas. Les enfants sont scolarisés quand les pouvoirs locaux le permettent. Mais le démantèlement des camps casse les efforts réalisés en ce sens.

    Si l’on ne peut se satisfaire que ces bidonvilles existent, et en premier lieu pour le bien-être et la sécurité de ces populations, le démantèlement sauvage ne fait qu’empirer la chose. Il casse le seul repère existant, la stabilité, qui est la première marche de l’intégration, par le travail et par l’école. La circulaire de 2012 avait permis, sur le papier, un net progrès, en obligeant avant un démantèlement à proposer un diagnostic social et une solution de logement. Et c’est bien l’application réelle, effective et non-minimaliste qui est demandée. Ainsi, penser que proposer une solution d’hébergement d’urgence pour trois jours et disparaissez dans la nature, relève de l’erreur grossière et de la manipulation d’opinion.

    Au-delà, qu’un ministre de la République, qui se réclame d’un courant politique progressiste et universaliste puisse tenir de tel propos est inacceptable, dangereux, et d’une totale inconscience. Utilisant les procédés maintes fois éprouvés de l’extrême droite, souvent utilisés par ses prédécesseurs ministres de l’intérieur au premier rang duquel se trouve Nicolas Sarkozy, stigmatisant une catégorie pour brosser dans le sens du poil populiste un électorat à fleur de peau qui n’attend que la désignation d’un bouc émissaire pour exprimer une colère dont l’origine se trouve être ailleurs, Manuel Valls renforce le camp de la haine dans ses convictions, il donne un blanc-seing aux théories de la stigmatisation et de la discrimination. Ce n’est pas digne d’un ministre, ce n’est pas digne d’un homme qui se dit républicain et progressiste.

     

    Il y plus de 70 ans, des socialistes ont eu à connaître de ce choix, être des Hommes d’Etat ou rester des hommes politiques accrochés à une carrière : il est encore temps de choisir entre Blum et Déat, entre la dignité de la personne humaine, la fidélité à ce principe ou une vue à court terme pour ses propres intérêts.